Nous sommes tous des rédacteurs professionnels

En rédactologie, on distingue normalement deux types de rédacteurs : les rédacteurs professionnels et les rédacteurs fonctionnels. Dans ce modèle, les rédacteurs professionnels sont ceux pour qui l’activité principale consiste à rédiger des textes. Ils peuvent être pigistes ou employés d’une organisation. Pour les rédacteurs fonctionnels, la rédaction constitue une activité parmi d’autres. Par exemple, dans le cadre de mes fonctions de professeure, je rédige toutes sortes de textes, mais cela ne représente pas ma seule activité.

Selon cette terminologie, je serais considérée comme une rédactrice fonctionnelle et non comme une rédactrice professionnelle. Cela est absurde, puisque j’enseigne la rédaction professionnelle! Vous l’aurez compris: je suis en crise existentielle.

Par ailleurs, il me semble que le qualificatif ‘fonctionnel’ est connoté négativement, contrairement à ‘professionnel’, qui renvoie à une image positive. Qualifier un rédacteur de « fonctionnel » ne revient-il pas à dire qu’il est fonctionnel en rédaction, mais qu’il lui manque quelque chose? D’ailleurs, et c’est peut-être pour cette raison, certains rédactologues utilisent l’adjectif ‘occasionnel’ plutôt que ‘fonctionnel’.

Je serais donc une rédactrice occasionnelle. Cela ne me satisfait pas.

Comment alors nommer les personnes qui rédigent des textes dans le cadre de leur travail, mais pour qui la rédaction n’est pas la seule activité? Dans un billet précédent, j’ai utilisé l’expression ‘travailleurs du texte’, mais, soyons francs, cette expression ne se répandra pas dans les écrits scientifiques. Et si la rédaction professionnelle incluait toutes les activités de rédaction réalisées dans le cadre du travail? La policière qui rédige un rapport d’enquête, le fonctionnaire qui rédige une note d’information, l’enseignant qui rédige un manuel pédagogique (eh oui, j’en reviens toujours à moi)… Toutes ces personnes font de la rédaction professionnelle!

Voilà. Je me sens mieux.

© Marie-Josée Goulet